Survol historique

L'ORDRE DE LA TRÈS SAINTE TRINITÉ

LES ORIGINES

L’Ordre de La Très Sainte Trinité et des Captifs (Trinitaires) est une famille religieuse fondée par le français, Jean de Matha (1154-1213) avec une Règle propre, approuvée par Innocent III le 17 décembre 1198 par la bulle Operante divine dispositionis. C’est la première institution officielle de l’Eglise qui se consacre au service de la rédemption sans armes à la main, sans autre armure que la miséricorde et dans la seule intention de redonner l’espérance aux chrétiens qui souffrent sous le joug de la captivité.
Jean de Matha fonde un projet de vie religieuse dans l’Eglise, nouveau et original, dont la texture est profondément évangélique, liant la Trinité et la rédemption des captifs: L’Ordre est l’Ordre de la Très Sainte Trinité et de la Rédemption des Captifs, et les frères de Jean de Matha sont Les frères de la Sainte Trinité et de la Rédemption des captifs.
La Règle rédigée par Jean de Matha est le principe et le fondement de l’Ordre Trinitaire. Adaptée au cours des huit siècles de son histoire par la tradition, principalement par l’esprit et l’œuvre du Réformateur Jean Baptiste de la Conception, elle se prolonge aujourd’hui dans les Constitutions Trinitaires approuvées en 1983 par le Saint-Siège.

Compagnon de Jean de Matha dans la solitude de Cerfroid, Félix de Valois est considéré comme le co-fondateur de l’Ordre. C’est en effet à Cerfroid que s’implante la première communauté trinitaire. C’est pourquoi on considère cette maison comme le berceau de l’Ordre.

Histoire générale de l'Ordre

Jean-Paul II a dit aux Trinitaires que nous avons « une grande histoire à raconter et un futur passionnant à construire ». En effet, peu d’institutions religieuses possèdent une histoire et une tradition comme la nôtre et, malgré les adaptations nécessaires et les changements historiques, nous avons toujours cherché à être fidèles au charisme des origines en étant des signes concrets de la rédemption dans tous nos champs d’apostolat.   

L’Ordre de la Sainte Trinité et des Captifs (« Ordinis Sanctae Trinitatis et Captivorum ») qui est aussi connu comme Ordre Trinitaire ou encore tout simplement comme les Trinitaires, est un ordre fondé par Saint Jean de Matha (1154-1213).

La règle de l’Ordre a été approuvée par Innocent III le 17 décembre 1198 comme en témoigne la bulle « Operante divine dispositionis ». Dès les origines, nous avons considéré Saint Félix de Valois, à l’époque ermite dans les environs de Cerfroid, comme étant le cofondateur. Il s’agit du premier institut officiel de l’Église qui est dédié au service de la rédemption et qui n’a ni arme, ni armure… mais qui est armé seulement de la miséricorde et avec l’intention de redonner espoir aux frères chrétiens qui souffrent sous le joug de la captivité. De ce fait même, il s’agit aussi du premier Ordre religieux de style non monastique et un des principaux à s’étendre en France, en Espagne et en Europe durant le bas Moyen-Âge.

De par ses racines profondément évangéliques, Saint Jean de Matha décide de fonder un projet de vie religieuse totalement nouveau et inouï qui rassemble, sous un même toit, la Trinité et la rédemption des captifs. Tout dans l’Ordre rappelle cette double réalité : les maisons de l’Ordre sont des Maisons de la Sainte Trinité et des Captifs (Domus Trinitatis et Captivorum) et les religieux sont appelés les Frères de la Sainte Trinité. La règle, qui évoque ces réalités, a connu en huit cents ans de nombreuses adaptations, surtout lors de la Réforme de Saint Jean Baptiste de la Conception, mais elle est toujours demeurée le principe et le fondement de l’Ordre Trinitaire.

Paul VI, en 1975, rappelait aux Trinitaires : « Pourquoi êtes-vous nés? Vous êtes nés pour libérer les personnes des classes et des milieux qui briment la liberté. Cette réalité est un signe clair que votre charisme est né pour survivre à toutes les tempêtes et à tous les problèmes de l’histoire. En fait, votre charisme est d’une actualité qui est réellement digne de toute approbation puisque celui-ci va au-delà de l’histoire et se confirme et s’actualise merveilleusement de par ce que vous représentez d’actuel et de futur ».

La patronne principale de l’Ordre est depuis les débuts Notre Dame du Remède (i.e. le rachat). C’est Jean XXIII qui, en 1959, a confirmé ce vocable pour tout l’Ordre Trinitaire.

Pour en connaître davantage sur l’Ordre, vous pouvez cliquer sur le lien suivant pour consulter la liste des ministres généraux de l’Ordre :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_des_Trinitaires#Liste_des_ministres_généraux

La rédemption des captifs

Lorsque nous considérons les événements de la fin du XIIe siècle, nous nous retrouvons au cœur des croisades qui étaient devenues l’emblème de la défense de nos valeurs et de notre foi face à l’invasion musulmane.

En 1199, seulement un an après l’approbation de la Règle Trinitaire de Jean de Matha, Innocent III proclame la quatrième croisade avec l’objectif de reconquérir l’Égypte. Cependant, lors de l’embarcation des chrétiens à Venise, le duc profita de celle-ci pour envoyer un contingent contre les Hongrois en signe de vengeance personnelle et en opposition à l’Empereur Alexis III de Constantinople. Le but était de renverser ce qui restait de l’empire d’Orient. C’est alors que le 12 avril 1204 deviendra le jour mémorable et horrible du saccage et pillage de Constantinople par des chevaliers membres des croisades.

De ce pillage, nous avons répertorié : des milliers de chrétiens massacrés, dont nombreuses femmes et enfants. Des églises furent vandalisées et dévalisées de leurs reliques, de leurs pièces d’art, des objets liturgiques, etc. Tout cela était rapporté au centre de l’Europe comme butin (Incluant les dommages et le saccage de la Basilique de Sainte Sophie). Cette dernière croisade a été un échec et un scandale pour toute la chrétienté et le pape Innocent III a immédiatement excommunié les chevaliers responsables de ce pillage.

C’est donc dans ce contexte des croisades et de la haine entre religions que Jean de Matha et les premiers frères de la Maison de la Très Sainte Trinité et des Captifs commencent à se mobiliser autour de la mission à laquelle ils se sentent appelés.

Nous avions déjà connu dans l’Église, en France, en Espagne et ailleurs, des échanges pour la libération d’esclaves : Saint Dominique de Silos fut le grand libérateur des captifs chrétiens au nord de l’Afrique durant le siècle précédent l’apparition des frères trinitaires.

Cependant, les frères Trinitaires se distinguent par la volonté de dialoguer, de favoriser la compréhension et la libération mutuelles. Christ nous libère tous, chrétiens et musulmans. Peu de temps après l’approbation de la Règle Trinitaire, Jean de Matha reçoit d’Innocent III une lettre adressée à « l’Illustre Miramamolin (Muhammad An-Nasir), roi du Maroc et ses sujets » datée du 8 mars 1199. Ce dernier venait d’hériter du califat almohade marroqui Muhammad An-Nasir, fils de Yusuf II al-Manşūr. Le pape appelle le Califat Miramamolin puisqu’il s’était approprié ce nom, mais qui était en fait une latinisation du nom arabe : « Amir ul-Muslimīn » » qui signifie : « prince des Croyants ». Cette lettre visait à justifier l’engagement de Jean de Matha comme étant une des « œuvres de miséricorde que notre Seigneur Jésus-Christ avait demandée à ses fidèles dans l’Évangile… La rédemption des captifs ».

Lettre Inter Opera Misericordia d’Innocent III, pape.

Donnée au Latran, ce 8 de mars, en cette deuxième année de notre pontificat (Reg. Vat, vol 4, F. 148r-v).

« Quelques hommes, parmi lesquels se trouvent ceux qui vous apportent cette lettre, divinement inspirés, ont fondé depuis peu une Règle et un Ordre. Selon leur règle, ils doivent déployer le tiers de leurs biens, actuels et futurs, pour la rédemption des captifs. Étant donné que parfois, pour mieux accomplir leur objectif, il serait plus facile de libérer des donjons de la captivité par l’échange plutôt que par le rachat, permettez-leur de libérer des païens des mains des chrétiens qu’ils pourront ensuite échanger pour la libération des captifs chrétiens. De plus, par le fait que cette œuvre puisse convenir autant aux chrétiens qu’aux païens, nous avons cru bon de vous communiquer cela par l’intermédiaire de cette lettre apostolique. Puisse celui qui est le chemin, la vérité et la vie vous inspirer afin que vous puissiez vous tourner vers Lui le plus rapidement possible. »

Autant dans la Règle que dans la lettre du pape au roi du Maroc, nous pouvons constater une pratique « d’échange » des captifs. Cependant, il faut tenir compte d’une dimension personnelle de Jean de Matha qui est basée sur la vision qu’il a eue lors de sa première messe et qui a été la source qui l’a inspiré à fonder l’Ordre : la rédemption du Christ est pour tous et pour cette dernière il faut d’abord actualiser la libération des personnes. Force est de constater que cela n’était facile à actualiser à cette époque, dans le contexte d’une société belliqueuse et anti-musulmane. Les deux documents viennent toutefois confirmer que le frère Jean a voulu aller de l’avant avec cette vision d’égalité pour tous, non seulement pour les fins de l’ordre, mais certainement aussi pour contribuer à atténuer le climat de tension socioreligieuse du moment, et ce, spécialement à cause des dernières croisades.

Néanmoins, cette intuition ne pouvait pas durer dans le temps puisque, rapidement, les décrets papaux et les changements d’attitude des nobles qui donnaient avec enthousiasme leurs biens et leur héritage à l’Ordre commencent à oublier la tradition de l’échange des captifs en faveur des campagnes de souscription pour amasser de l’argent pour le rachat.

Urbain IV, en 1263, dans la bulle Ad Hoc Ordo Vester, affirme : « Il est bien connu que votre Ordre, depuis ses nobles origines, a déployé avec ardeur et avec de nombreux efforts les moyens nécessaires afin que les défenseurs de la foi chrétienne qui, en réparation à l’injure faite à notre Rédempteur, s’étaient exposés au danger de la mort et qui finalement avait été faits prisonniers par les ennemis comme des otages, puissent être rachetés, en honneur du même Rédempteur et, ce, avec les biens de votre Ordre ». Toutefois, la pratique de l’échange n’a jamais cessé et est devenue, peu à peu, un signe de l’identité de l’Ordre et de plusieurs mandataires dans les siècles suivants qui préféraient cela aux collectes de fonds.   

En 1682, les rédempteurs espagnols Miguel de Jésus Maria, Juan de la Visitación et Martín de la Resurrección donnèrent la liberté à 211 captifs qui étaient à Meknès ainsi que Fès et Tétouan. De plus, ils réussirent à sauver 17 images sacrées (15 sculptures et deux peintures) qui étaient dans les donjons des musulmans. Une de ces dernières œuvres acquis beaucoup de popularité une fois en Espagne puisqu’elle fut adoptée par les rois, de façon particulière la maison ducale de Medinaceli, en tant que protecteur particulier et représentait Jésus le Nazaréen sauvé (racheté). Pour le rachat des quinze œuvres, le roi de Fès exigea qu’on lui apporte en échange quinze esclaves maures qui étaient prisonniers à Ceuta et Málaga. Les trinitaires payèrent pour les Maures et les envoyèrent à Fès pour ainsi finaliser la Rédemption des œuvres sacrées. 

À différentes occasions, ceux qui s’échangeaient pour les captifs chrétiens étaient les religieux eux-mêmes. Au XVIIe siècle, une triste nouvelle se répandue en Espagne : le décès des Trinitaires Bernardo de Monroy, Juan del Aguila et Juan de Palacios qui moururent dans les donjons d’Alger, attendant leur libération après avoir eux-mêmes libéré de nombreux esclaves. Le résumé de cet échange héroïque a été écrit par Miguel de Cervantes. 

Miguel Cervantes, Roman La española inglesa (1613)

(Cervantes, M., Novelas Ejemplares, Espasa Calpe, Madrid, 1985, 279).

« Allez à Alger, là où les Pères de la Très Sainte Trinité allaient racheter les captifs; parlez-leur, dites-leur de qui il s’agissait; voici le sens de la charité, tandis que moi qui étais étranger, ils m’ont racheté de cette forme : ils donnèrent pour mes trois cents ducats, les cent et par la suite les deux cents et ce, une fois retourné le vaisseau de l’aumône afin de racheté le père rédempteur qui était resté à Alger s’engageant à rembourser quatre mille ducats, c’est-à-dire, plus que ce qu’il avait apporté. Puisqu’en effet, à toute cette miséricorde et cette liberté, s’étend la charité de ces pères qui donnent leur liberté pour autrui et restent captifs pour le rachat des captifs. » 

Un des rachats les plus connus et le plus fameux exercé par les trinitaires est celui qui advenu le 19 septembre 1580. Fr. Juan Gil, Rédempteur général, réunit les 500 ducats d’or exigés par le roi d’Alger pour aller libérer le captif Miguel Cervantes Saavedra qui par la suite devint fameux comme écrivain. Le rachat fut possible grâce à l’argent donné par sa mère et sa sœur qui fut complétée par les fonds de la « Tertia Pars » des trinitaires ainsi que par des dons des marchants chrétiens de la ville.

Une fois sur les lieux de l’œuvre rédemptrice, les trinitaires exercent un important travail de médiation et de dialogue avec le monde musulman. Le frère trinitaire est en soi un signe de médiation et de dialogue, rien n’est laissé au hasard, même sa présence personnelle est un témoignage de cela : la monture, l’habit, la croix trinitaire en sont des signes. Comme document historique mentionnant l’œuvre des rachats, nous retrouvons une bulle du pape Grégoire X en 1272. Cette dernière raconte que, par la médiation d’un frère de l’Ordre de la Sainte Trinité, un frère de la maison Saint-Jean-de-Acre, le Sultan d’Égypte avait accepté la libération des femmes captives avec leurs enfants qui avaient été capturés dans les peuples non loin et sur les côtes d’Italie. Cependant, plus tard, le même Sultan révoqua la libération des enfants pour empêcher ainsi une future attaque des chrétiens.

Combien de chrétiens ont été rachetés par les trinitaires?

Il s’agit d’une très bonne question, mais plutôt difficile d’y répondre à cause des informations très limitées desquelles nous disposons, spécialement au cours des XIIIe, XIVe, XVe et XVIe siècles. Nous savons toutefois que dans cette période, seulement pour la province de France, nous avons pu enregistrer 17 missions rédemptrices qui se sont déroulées entre 1198 et 1544. Cependant, nous ne connaissons pas le nombre de captifs pour neuf de ces dernières.

Dans une de celles-ci, ils ont réalisés 204 rachats. Dans 7 autres rédemptions, nous pouvions compter une moyenne de 50 rachats par expédition. Cela dit, nous ne savons pratiquement rien des rédemptions dans la province de Castille pendant les XIIIe et XIVe siècles.

De 1404 à 1546, nous avons enregistré 24 rédemptions. Pour quatorze de ces dernières, nous ne savons pas le nombre de rachats et pour les dix autres, nous savons que 7445 personnes furent libérées.

Nous n’avons pas non plus les chiffres pour les missions rédemptrices des provinces d’Angleterre et d’Écosse puisqu’elles furent supprimées au XVIe siècle. Nous n’avons pas non plus de données pour les rédemptions de la province d’Aragon durant les trois premiers siècles et par la suite, ses activités rédemptrices étaient pratiquement nulles à cause des obstacles de mercenaires aragonais qui avaient le monopole.

De la province du Portugal, nous avons peu de données de cette époque; de 1461 à 1557, les rois interdirent de faire des rachats, et seulement à partir de 1558 nous commençons à connaître les nombres de rachats. Selon une étude exhaustive réalisée par un historien trinitaire, le frère Boniface Porres, le tableau ci-dessous serait un bon résumé des rédemptions réalisées et des captifs libérés, bien qu’il soit incomplet.

Activités rédemptrices de la communauté

Provinces ou nations Période Rédemptions Captifs
France 1198-1544 17 254
Castille 1404-1546 24 7.445
France s. XVII 19 1.155
France s. XVIII 20 1.405
Les déchaux de France s. XVII 5 170
Castille et Andalousie 1580-1769 34 6.818
Portugal 1558-1778 42 8.634
Les déchaux d’Espagne 1625-1769 24 4.865
Les déchaux d’Italie 1706-1793 27 607
Les déchaux de Pologne 1688-1770 15 444
Les déchaux d’Autriche 1691-1783 31 3.923

Vous pouvez trouver une liste complète des Rédempteurs Trinitaires en cliquant sur le lien suivant (page en espagnol) :

>> Redentores de la Orden de la Santísima Trinidad y de los Cautivos

« Signum Ordinis » Le Mosaïque de Saint-Thomas in Formis

Le symbole que Saint Jean de Matha voulut laisser aux trinitaires est la représentation de la vision qu’il eut durant la célébration de sa première messe. C’est cette même vision qui le poussa à commencer sa mission comme trinitaire.

Il est dit, selon la tradition, que lorsque Jean de Matha célébra sa première messe, en levant les yeux vers le ciel, il eut une vision. Ce qu’il vit était le Christ avec deux captifs à ses côtés, un blanc et un autre de peau noire qui était libéré par celui-ci. Jean de Matha n’a jamais pu oublier cette vision et l’a fait réaliser en tant que mosaïque sur la façade de la maison de la Trinité à Rome (Saint-Thomas in Formis), où il est possible de la contempler. Pour la réalisation de cette mosaïque, il confia l’œuvre aux meilleurs artistes de Rome.

Après sa réalisation, cette mosaïque devint le signe et le sceau de tous les trinitaires. C’est d’ailleurs ce qui y est inscrit : Signum Ordinis Sanctae Trinitatis et Captivorum (signe de l’Ordre de la Sainte Trinité et des captifs).

Cette image représente un Christ Pantocrator assis qui prend de ses mains deux captifs, situés à ses côtés, dans un geste d’échange et de libération. Le captif à sa droite représente une personne blanche qui tient un étendard sur lequel se trouve la croix trinitaire. Ses chaînes sont reliées au trône où le Christ est assis. Sa main droite est baissée symbolisant la soumission et le respect. Son regard est dirigé directement vers le Christ.

Le captif à sa gauche est un noir. La symbolique du « noir » était reliée à une coutume de l’époque et était une façon de représenter les infidèles et les musulmans. Ce dernier, tient dans ses mains les extrémités de ses propres chaînes pour signifier qu’il est captif de par sa propre volonté, de ses propres idées. La main que le Christ tient est levée et son regard est fixé au sol pour signifier qu’il ne connaît pas le Christ ou encore qu’il lui résiste.

Le plus surprenant dans cette mosaïque est que le Christ regarde avec égalité le chrétien et le musulman et qu’il libère les deux. Il se pourrait bien que de nos jours, ce détail ne retient pas notre attention, mais il faut se rappeler que nous parlons du XIIIe siècle. C’est proprement à cette époque qu’avaient lieu les croisades. Alors, penser qu’un homme, arrivé de France, décide de placer cette mosaïque en pleine visibilité exhibant le Christ qui regarde avec égalité un blanc et un noir, à quelque pas du siège papal (qui était à Saint Jean de Latran), est tout un geste prophétique.

La croix trinitaire

Le symbole trinitaire le plus universel reste toujours la croix trinitaire. Celle-ci est représentée dans d’innombrables endroits et nous associe au charisme rédempteur de l’Ordre de la Très Sainte Trinité.

Au cours du temps et de l’histoire, cette croix a connu de nombreuses représentations différentes. Malgré les différentes façons de l’imager, elle a toujours gardé ses couleurs d’origines qui sont le blanc, le rouge et le bleu.

Les différentes représentations ont aussi donné lieu à de nombreuses explications par rapport aux couleurs. La plus simple étant que chacune des couleurs est associée à une personne de la Sainte Trinité. La plus théologique des explications y voit une histoire de la rédemption et du salut. Malgré toutes ces explications, aucune n’a dominé sur les autres puisqu’après tout, celle-ci restera toujours un signe de libération.

Chaque libération de la part des trinitaires était accompagnée d’un geste bien simple, les frères revêtaient la personne rachetée d’un scapulaire orné de la croix trinitaire. De cette façon les gens pouvaient plus facilement distinguer les rachetés des autres. C’était une façon d’honorer Dieu, à travers qui ces gens connaissaient maintenant la libération. Ainsi, la majorité des rachetés gardaient ce scapulaire toute leur vie, comme un rappel de la libération divine qui les avait tirés de l’enfer de l’esclavage. C’était un peu la même chose pour les frères qui portaient fièrement cette croix sur leur habit, en signe de libération, de rédemption et de l’amour infini de Dieu.

Du même coup, plusieurs images de Jésus Nazaréen racheté ont circulé. Pour ces images, les noms varient selon l’endroit, mais elles étaient toutes des copies de l’originale qui se trouve à Madrid, près du musée Del Prado, dans l’église de Jésus de Medinaceli. En 1682, après avoir libéré les captifs de Fez (Maroc), les trinitaires ayant trouvé de nombreuses images dans les donjons les rachetèrent pour ensuite leur imposer le scapulaire avec la croix trinitaire, célébrant ainsi leurs retrouvailles. De celle-ci, la plus fameuse fut celle du Christ « Ecce Homo », avec les mains attachées, le regard baissé et représentant la rencontre avec Ponce Pilate lors de sa condamnation. Rapidement, cette image se fit connaître comme celle du Christ racheté et fut portée à Madrid où de nombreux fidèles se rendaient pour la vénérer. Cette image devint aussi le symbole de ce Christ qui s’unit à la souffrance humaine pour la partager. Ceci explique la présence de ces images dans la majorité des églises trinitaires.

La réforme de Saint Jean-Baptiste de la Conception

La réforme de l’Ordre est l’œuvre de Jean-Baptiste de la Conception (1561-1613). C’est à Valdepeñas (Ciudad Real) que s’établit la première communauté de trinitaires déchaussés. Par le bref Ad militantes Ecclesiae (1599), le pape Clément VIII autorisait la fondation de la Congrégation des frères réformés et déchaussés de l’Ordre de la Très Sainte Trinité, instituée pour observer dans toute sa rigueur la Règle de saint Jean de Matha.

Jean-Baptiste de la Conception fonda 18 maisons de religieux et un monastère de religieuses. Il vécut et transmit à ses fils un intense esprit de charité, de prière, de recueillement, d’humilité et de pénitence, en insistant tout particulièrement sur le maintien d’une réelle communion avec les captifs et les pauvres. La relation personnelle à la Trinité, comme centre vital et source de la charité, est un thème central dans ses expériences et ses enseignements.

LA NAISSANCE DE L'ORDRE AU CANADA

1924: Montréal et région. Le ministre général est alors un français : P. Xavier Pellerin. Il souhaite établir une fondation au Canada et rencontre Mgr Georges Gauthier, évêque coadjuteur de Montréal. Ce dernier voit à Ville Émard, un secteur propice en pleine expansion grâce à l’arrivée d’immigrants. Une communauté italienne était déjà en place.

En 1924 arrivent les premiers trinitaires. Parmi eux, se trouve un russe, Karl Kluqist connu sous le nom de Père Pie (nom de religion), premier prêtre ordonné par Mgr Gauthier. Polyglotte, il fut le premier curé de la paroisse St-Jean de Matha de Ville Émard. Par la suite, il se consacra à Halifax des immigrants originaires des pays de l’Est de l’Europe. Lui succèderont comme curé de la paroisse les pères Albert Arnold (français), Elchinger (autrichien), Luis Aries (espagnol). Le Pierre Saint-Pierre, canadien, fut un grand promoteur de vocations trinitaires canadiennes. Il deviendra plus tard ministre provincial.

De nouvelles maisons ouvrent : en 1945, une sur la rue St-Antoine à Montréal (sur l’actuel emplacement de l’échangeur Turcot), l’autre sur l’avenue des Pins. En 1959, les trinitaires s’installent à Granby et construisent une Maison qui deviendra plus tard le Centre Jean-Paul Regimbal et aujourd’hui Maison de spiritualité des Trinitaires. En 1972, c’est le tour de l’installation d’une communauté sur l’avenue du Musée à Montréal. En 1976, les religieux prennent en charge la paroisse St-Lucien à St-Jean sur Richelieu et ouvrent la Maison du Père, l’un des principaux centres d’hébergement pour itinérants de Montréal. En 1993, ils s’installent à Amos en Abitibi, ouvrent un centre pour étudiants sur le boulevard Gouin à Montréal et un autre à Québec.

La Province du Sacré Cœur a été érigée le 3 septembre 1960. En 1969, le Père Pierre Saint Pierre ouvre une maison de formation à Paris. Les maisons françaises de Cerfroid, Faucon et Paris entreront définitivement à la Province en 2012. Les religieux trinitaires canadiens ouvrirent aussi des missions à Madagascar (1960) et au Guatemala (1975).

AUJOURD'HUI DANS LE MONDE

À partir de la réforme collective de l’Église lors du Concile Vatican II, il y a un processus de renouveau qui s’initie au sein de l’Ordre Trinitaire. Il s’agit d’une recherche de l’identité propre, d’un désir de renouer avec le charisme du fondateur en s’adaptant selon les signes et les changements du dernier quart du vingtième siècle.

Les nouvelles constitutions, approuvées par le chapitre général de 1983, confirmées par Rome en 1984, recueillent et traduisent le charisme de la fondation qui est ancré dans la règle en l’adaptant à la nouvelle situation historique selon les éléments essentiels de l’identité trinitaire :

  • L’unité originelle, charismatique et inspirée de la mystique trinitaire et du service de la miséricorde. La Très Sainte Trinité comme source de la charité qui se traduit dans le service de la rédemption et de la miséricorde. « Gloire à la Trinité et aux captifs liberté. »
  • L’incarnation de la vie trinitaire en tant qu’appel vocationnel trinitaire. C’est-à-dire comme un appel à être signe du mystère du Dieu chrétien en donnant un témoignage personnel et collectif du fait que le Dieu de Jésus est amour, liberté, communion, Trinité, le Dieu des frères en captivité.
  • Le service de libération qui doit se réaliser sous différentes formes. En étant à l’écoute des nouvelles formes de captivités d’où jaillissent les lamentations qui suscitèrent le cœur du fondateur.

L’Ordre Trinitaire, ainsi que l’ensemble de la Famille Trinitaire, a célébré du 17 décembre 1998 au 17 décembre 1999, le huitième centenaire de sa fondation (1198-1998) ainsi que le quatrième centenaire de sa Réforme (1599-1999). Il s’agit donc de huit cents ans d’histoire pour un projet évangélique qui connut ses débuts au douzième siècle grâce au français Jean de Matha.

Lors de sa première messe, Dieu lui montra clairement sa volonté. Il vit le Christ Rédempteur qui tenait par la main deux captifs. Dieu veut qu’il se dévoue à l’œuvre de la libération des captifs. Il va ainsi offrir à l’Église un charisme évangélique nouveau qui se définit essentiellement par :

Trinité et Rédemption. Ses membres seront appelés « frères de la maison de la Trinité », ils se dévoueront aux œuvres de miséricorde et de façon particulière au rachat des captifs chrétiens pour qui ils dédieront la troisième part de leurs biens.

L’Ordre de la Sainte Trinité et des captifs est divisé aujourd’hui en six provinces religieuses, une vice-province, trois vicariats et une délégation. L’Ordre est présent dans les pays suivants :

Canada, Italie, Espagne, France, Autriche, Pologne, États-Unis, Mexique, Porto-Rico, Colombie, Brésil, Pérou, Bolivie, Chili, Argentine, Inde, Corée du Sud, Madagascar, Cameroun, Gabon et Congo. De plus, ils sont aussi présents au Moyen-Orient.

Pour la Province du Sacré Coeur, les frères œuvrent comme aumôniers de prisons, d’hôpitaux ou de Centre d’accueil; ils exercent un ministère paroissial ou missionnaires; ils prêchent dans des centres de spiritualité (Granby, Faucon et Cerfroid); et ils s’adonnent à la pastorale sociale auprès d’itinérants et d’alcooliques comme à la Maison du Père à Montréal ou la Maison St-Félix et Harvey-Bibeau à Amos et à Québec. Certains se dévouent aussi auprès des prostitués, des toxicomanes et des personnes en difficulté.

LES RELIGIEUSES TRINITAIRES

Les religieuses trinitaires travaillent au Centre de spiritualité des Trinitaires depuis 1989. Elles y résident depuis 2009. Actuellement elles assurent un service bénévole et soutiennent par leurs prières l’action de tous ceux qui y travaillent (employés et bénévoles) ou qui viennent s’y ressourcer. Leur présence active veut être une invitation à vivre l’esprit trinitaire, amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dans notre existence.

Citations de Saint Jean-Baptiste de la Conception