Jésus revint de la Décapole, territoire païen où il a libéré un possédé d’une légion de démons.

Le voilà de retour de l’autre côté de la rive à Capharnaüm. Au nom de la confiance qu’on lui accorde, Jésus va guérir la femme hémorroïsse et réveiller de la mort, une adolescente.

Il retourne alors en terre familière à Nazareth: « Sorti de là, Jésus se rendit dans son lieu d’origine ». Bien sûr, il est bien connu de ses compatriotes et familiers. En fait, ils ne connaissent que le Jésus de chair et de sang qui a grandi parmi eux dans la simplicité d’une vie de village, au sein d’une famille humaine. Et toute leur difficulté est de tenir le mystère des deux natures Jésus et Christ : vrai homme et vrai Dieu, comme le criait le possédé païen : « Jésus, fils du Dieu Très-Haut ».

Les proches de Jésus passent de l’étonnement devant la profondeur de son enseignement au doute et au choc, jusqu’à l’hostilité. Comment reconnaître le Christ dans l’humanité de Jésus. Cette humanité, ils l’ont vu grandir dans la fragilité d’un enfant comme les autres.  Pour eux il est impossible d’imaginer l’abaissement du serviteur crucifié (qu’ils n’ont pas encore vu) ? Il semble qu’il y ait eu un moment où la lumière, a percé les ténèbres, où les gens ont réalisé la puissance de la sagesse et des actes de Jésus. Puis les nuages ont tout recouvert et ils ont pensé : « S’il était si spécial, nous l’aurions bien reconnu!» Comme elle est humaine la scène racontée dans cet Evangile! La nature humaine n’a pas changé depuis l’époque de Jésus. Ici c’est la jalousie qui fait son apparition. Ne pouvons-nous pas les entendre: « Pour qui cet individu se prend-il ? Que pourrait-il savoir, n’est-il pas le fils d’un charpentier ? Ne faisons pas attention à lui et, peut-être, s’en ira-t-il ailleurs ! »

Pourquoi les habitants de Nazareth passent-ils de l’étonnement et du questionnement, somme toute, bienveillants, au trouble et au scandale ne laissant plus aucune place à l’émerveillement, jusqu’à faire obstacle à l’action même de Dieu ? « Je répandrai mon esprit sur toute chair », dit Dieu (Jl 3, 1) ; « toute chair » c’est-à-dire tout être humain ». Visiblement dans la synagogue de Nazareth, l’Esprit Saint œuvre en Jésus dans sa sagesse que découvrent, avec grande surprise, les familiers de Jésus qui l’ont vu grandir.

Mais en eux, L’Esprit Saint n’est pas accueilli. Qu’est-ce qui fait obstacle ? la chair qui ne se reçoit que d’elle-même, c’est le moi sans alliance avec l’intériorité et la Transcendance. Une communauté composée d'”égos sans alliance” est une communauté livrée à la chair. Il manque à ces Nazaréens d’accepter de se recevoir d’une autre perfection que de l’illusoire perfection humaine. Il leur manque une autre perfection, celle qui vient de la dynamique du Pneuma.

La réalité ouverte à l’Esprit se fonde sur la Parole de Dieu révélée en Jésus-Christ, sur les grâces qu’Il a laissées à l’Église. Une communauté qui se reçoit que des “égos” qui la composent et basée sur les désirs opaques du cœur de l’homme, ne peut entrer dans le projet de Dieu.

« N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ». Ils ne savent pas si bien dire. Qu’ils n’aient pris exemple sur Joseph, ces Nazaréens, qui vivent à l’opposé de ce qu’a vécu Joseph ! Dans le regard de Marie, Joseph avait dès le départ lu la Puissance de l’Esprit Saint qui a pris Marie sous son ombre. Il y avait vu aussi l’amour de Marie pour lui. L’amour de Joseph pour Marie et Jésus, porté par la puissance de l’Esprit Saint lui permet ne pas se laisser dévaster au recouvrement au temple et sans jamais fermer son cœur. Joseph a travaillé le bois comme artisan. Il s’est aussi laissé travailler par l’Esprit Saint. Son cœur s’est laissé enseigner dans les joies mais aussi dans les peines. Heureux sommes-nous qui nous laissons travailler par l’Esprit Saint qui agit éminemment dans l’Eucharistie.

« Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. » L’Évangile semble se contredire en affirmant que Jésus ne fit aucun miracle mais qu’il « ne guérit que quelques malades ». Nous pouvons imaginer les scènes où Jésus guérissait les aveugles, les paralysés, les lépreux : ne serait-ce pas des évènements suffisamment extraordinaires pour mériter le nom de miracles ?

L’Évangile parle aussi d’autres miracles, des miracles moins spectaculaires. Le vrai miracle est d’abord une transformation bien plus profonde et intérieure. Ce qui surprend et émerveille Jésus, c’est l’homme qui croit que l’Amour de Dieu est libérateur et guérissant et qui en fait l’expérience.  Jésus qui connaît les lois de la matière et de l’esprit sait que le miracle n’est pas tant que la matière inerte soit soumise à l’Esprit qui l’a créée, mais surtout que l’homme créé libre se laisse transformer pour changer le monde. Si tu veux changer le monde change ton cœur, choisit le don de soi, la confiance, l’abandon et agit.

C’est ce qu’a fait Soizic que j’ai accompagné pendant 13 ans. Bien sûr, pas tout seul.

Voilà ce dont elle a témoigné à l’Élysée lors de la conférence nationale du handicap en 2016, revenant sur sa maladie :  “Quand je regarde en arrière, et que je me revois malade, avec des pulsions suicidaires quotidiennes, gavée de médicaments, je me demande qui aurait parié sur moi à l’époque ??!… Moi-même j’étais dans un désespoir total. Je vivais seconde après seconde, dans une souffrance intérieure énorme et totalement incapable d’aller vers les autres et même de m’occuper de moi. J’avais 4 psy et un rendez-vous infirmier chaque semaine. J’ai été placée sous curatelle simple… J’ai été reconnue handicapée à 80% par la MDPH…

Aujourd’hui je suis devant vous et en activité professionnelle depuis un an après une période de 8 ans sans travail salarié. Je travaille dans le secteur de l’hébergement d’urgence dans une entreprise qui s’appelle Hôtel Services Plus et suis en CDI.”

L’intervention de Soizic a été fulgurante. Tous les grands de ce petit monde de l’Elysée étaient bouche-bée devant une Soizic transfigurée. Quand j’ai vu la vidéo de Soizic à l’Elysée, j’étais bouleversé. Comment penser que quelques années auparavant, elle délirait complètement ? J’avais appris dans mes formations à respecter le délire mais sans y entrer.  J’ai compris plus tard que le délire est un jardin secret contenant une perle précieuse à qui veut bien la voir !

À travers son délire, elle a été entendue dans ce qu’elle était vraiment : enfant de Dieu, et a pu en sortir.

Beaucoup de personnes sur son chemin ont cru, espéré en elle.  Le reste, elle l’a fait ou plutôt l’Esprit Saint en elle l’a fait. Aujourd’hui elle aide des adultes en souffrance psychique sur leur chemin de rétablissement.