Le texte de ce jour est composé de trois parties. Au centre du texte, Jésus polémique avec les scribes. Ce passage est encadré par deux rassemblements distincts. Le premier se produit, comme le dit Marc « à la maison ». « La maison » n’est pas celle de sa mère mais celle de Pierre et André, elle se situe à Capharnaüm où Jésus s’est installé.  La maison est censée être un lieu d’intimité où se réunit les proches. Il s’avère que les murs ne séparent pas puisque les foules y affluent au point qu’il n’est plus possible de manger et que l’entourage s’inquiète : « Il a perdu la tête ! »

Le deuxième rassemblement, à la fin du récit, modifie le décor : l’histoire oppose l’intérieur de la maison et l’extérieur. La maison est censée réunir mère et frères mais frères et mère de chair restent dehors : « Une foule était assise autour de lui ; et on lui dit : Voici que ta mère et tes frères sont là, dehors. Ils te cherchent. » Curieux renversement : les familiers sont hors de la maison et les étrangers sont dedans. Comment comprendre ? Dans l’évangile de Marc, c’est la première fois que « la mère » de Jésus apparaît. Jésus est chez Pierre et André quand les siens tentent de venir le prendre, de le raisonner. Marie s’inquiète et cherche à protéger son Fils. Plusieurs scènes frisent l’hystérie dans l’Evangile : des malades qui se jettent sur Jésus pour être guéris (Mc 3,10) ; des possédés qui hurlent à son approche (Mc 3,11) ; une foule qui le serre à l’étouffer (Mc 3,9). Et, ici, une foule si nombreuse « au point qu’ils ne pouvaient pas même manger du pain » (v20).

Marc choisit de nous présenter Marie « en dehors » : Marie en dehors de ce que fait son fils, Marie en dehors, en décalage de ces foules qui se pressent ? Marie en dehors de la réalité de ce que son Fils vit ? Est-ce donc possible ? Comme le dit Luc : « Marie retenait toutes ces choses dans son cœur. » Sa profonde communion de cœur avec son Fils, même quand elle ne comprend pas, l’a solidement installée dans une profonde intimité avec Celui qu’elle a porté. Cependant, Marie accompagne aussi ceux qui sont en dehors. Marie n’est pas seule : elle est accompagnée des frères et sœurs de Jésus. Et qui sont-ils donc ? Ne s’agirait-il pas de ceux qui sont aux marges, « en dehors » de nos croyances, « en dehors » de nos convictions ? … mais qui sont nos frères… Et Marie est avec eux, a choisi d’être avec eux, tout en étant dans le cœur de son Fils et Sauveur…

En ce qui concerne le passage au centre de ce récit, Marc raconte la vive polémique avec ses adversaires. La vie et l’action du Jésus se situe dans la perspective du duel entre deux mondes, dont le salut de l’homme est finalement l’enjeu. Les adversaires de Jésus vont tenter de désenchanter tous les signes et les prodiges qu’Il opère. Jésus affronte personnellement Satan et remporte sur lui la victoire. Il affronte aussi les esprits mauvais qui ont pouvoir sur l’humanité pécheresse, et les vainc dans leur domaine. Jésus est en fait le plus fort. Sa mission est de ligoter le Malin dans chacune de nos maisons. Les scribes et les pharisiens se rendent vulnérable parce qu’ils ont ligoté l’homme fort qui pourrait les protéger du Malin.

L’homme fort qu’est Jésus est ligoté dans leur for interne par leur haine et par le blasphème contre l’Esprit Saint. Ligoter l’homme fort, c’est se laisser dominer par les forces du mal. Prendre Jésus chez soi, c’est rendre impuissantes les forces des ténèbres. Mais les scribes, eux, résistent à la puissance de l’Esprit Saint. Pourquoi ? À cause de la haine qu’ils ont contre Jésus. Qu’elles sont les causes véritables de la haine des ennemis du Christ ? Ce sont ses guérisons et délivrances qui dérangent au plus profond, parce qu’elles rendent compte de la vérité de ses paroles. Cette haine est la marque propre de la filiation du diable.

Jésus libère de l’esprit du mal par la puissance et l’énergie de l’Esprit d’amour, si nous l’accueillons chez nous. L’Esprit est en nous, force, dynamisme de vie, invitation au bonheur. Je peux avoir de la peine à répondre à ses appels exigeants. Je peux parfois renoncer à vivre à la hauteur des paroles vives qui ont leur source en “l’Esprit parlant à mon esprit”. Cela s’appelle le péché et c’est pardonnable. Ce qui est impardonnable, c’est de “parler contre l’Esprit”, de dire qu’il n’est pas puissance de vie et de résurrection, mais qu’il est l’esprit du mal, que ses appels sont insensés, qu’ils vont contre la vie et le bonheur, bref que l’Esprit “veut ma mort”. Les scribes traitent Jésus de Satan. Et quand on inverse à ce point le bien et le mal, quand on décide d’appeler le bien mal, d’où peut encore venir la guérison ? On s’enferme dans le mal, sans issue. C’est ce que dit Jésus. Dire que la source d’eau vive est empoisonnée, c’est se condamner à mourir de soif. Si l’Esprit est nié comme puissance de vie, la source du pardon est coupée : nul n’est pardonné contre son gré.

Comment peut-on à ce point rejeter la vie ? Comment ne pas comprendre que nous avons besoin d’être sauvés. Trois verbes décrivent le chemin de nos vies qui ont pour vocation d’être transfigurés : « faire, refaire et parfaire ». Le Seigneur nous a faits, c’est la Création, le Seigneur nous a refaits, c’est la Rédemption et le Seigneur veut nous parfaire, c’est la sanctification. Aucune injonction chez Jésus à devenir parfait par nos efforts mais de nous laisser parfaire. Alors, immédiatement une question se pose : qui va nous parfaire ? Qui sera l’agent de notre sanctification ? Le Saint-Esprit, bien sûr ! Heureux sommes-nous qui connaissons la victoire du Christ sur les forces de mort et qui avons l’immense grâce de vivre de l’Esprit Saint. Tous les jours il nous libère, tous les jours il nous guérit. Il nous nourrit de son Eucharistie pour que nos vies soient en cohérence avec ce que nous recevons.