Jésus vient d’appeler les premiers disciples et ensemble ils pénètrent à Capharnaüm. Jésus ne vient pas seul dans cette ville de Capharnaüm. Bien sûr, il est accompagné de ses disciples mais plus encore, il porte en Lui un secret, celui qu’Il partage avec son Père. Les 4 évangélistes insistent grandement sur la prière de Jésus.  Chacun le décrit comme priant toute la nuit. La journée inaugurale va révéler quelque chose de cette intimité avec son Père qui a tant intrigué les disciples. Lors de cette journée inaugurale, Jésus va proclamer en actes et en vérité ce qu’il porte dans son cœur. Un événement considérable s’est produit du côté de Dieu.

Librement, gracieusement Dieu s’est approché des hommes. Ce que Jésus va démontrer dans cette journée inaugurale, c’est le bonheur de Dieu de communiquer son propre bonheur. Ce n’est pas l’homme qui s’est approché de Dieu, c’est Dieu qui s’est approché de l’homme. C’est gratuit la preuve, c’est que Dieu va en priorité et de préférence vers les plus démunis, ceux qui ne peuvent payer en retour.

L’amour gratuit de Dieu, voilà ce qu’annonce la journée inaugurale racontée par Marc. Voilà comme le symbole de tout ce qu’il fera et dira, comme le thème musical d’une symphonie, voilà le cœur du cœur de la mission de Jésus. Partout où Il passe, Il réenchante le monde, Il laisse le monde revêtu de sa beauté. Tout ce que Jésus traverse ici-bas est revêtu de sa prière, révèle le vrai sens des choses et des êtres.

À cet instant de la Révélation, Marc décrit aussi qu’en Jésus sont démasqués tout ce qui fait obstacle à ce réenchantement du monde, à savoir le mal.  Dans la synagogue de Capharnaüm, à peine a-t-il livré ce réenchantement du monde à travers son enseignement, alors que nous sommes en plein sabbat un esprit impur se manifeste. Dès que Dieu sort de son silence, le mal est débusqué, dénoncé et chassé. Il enseigne avec autorité et se fait obéir d’un esprit impur, qu’il chasse. L’enseignement de Jésus est différent de celui des scribes, pourtant spécialistes des Ecritures (1, 22). Ce qui est nouveau, c’est l’autorité de son enseignement, également son pouvoir sur les esprits mauvais : « Ils lui obéissent ».

Jésus est plus qu’un scribe ! Serait-il plus qu’un prophète ? Dans le texte du Deutéronome de ce dimanche, il nous est rappelé que le Christ se situe par- delà les prophètes. Moïse était considéré comme le plus grand des prophètes ; il était même l’intermédiaire, le médiateur entre Dieu et le peuple. Il parlait à Dieu comme un ami parle à un ami. Et voici qu’est annoncé un nouveau Moïse : un prophète comme toi. Le Seigneur lui mettra ses propres paroles dans sa bouche, il sera la parole même de Dieu. Si quelqu’un ne l’écoute pas, cela aura des conséquences graves : moi-même, je lui en demanderai compte. Refuser ce prophète, c’est refuser Dieu. Le prophète prête sa bouche, sa voix, à Dieu lui-même. D’une certaine façon, il est dans l’impossibilité vitale de dire autre chose que la Parole de Dieu. Sa vie est une vie totalement dépendante de Dieu.

Par ce passage du Deutéronome, La liturgie nous fait lire ce texte comme prélude à la manifestation publique de Jésus, plus grand que Moïse : « Il enseigne avec autorité », il est le « Saint de Dieu » (évangile). Mettons-nous à la place de ceux qui sont dans la synagogue. Moment historique. Jésus commence la mission pour laquelle il est venu au monde. Depuis trente ans, il a fait un apprentissage, celui du temps. L’Eternité est venue dans le temps et le l’apprentissage du temps a duré trente ans. Il est temps pour Jésus, de révéler au monde ce qu’Il est venu donner au monde. Il est venu donner au temps sa valeur d’Eternité. Christ, plus qu’un scribe, plus qu’un prophète, le Saint de Dieu, par l’autorité de sa Parole et par l’autorité sur les forces du mal, donne au temps sa valeur d’éternité.  « Dieu “a mis, dans le cœur des hommes, l’éternité” (Qo 3,11)… L’homme appartient à la fois au temps et à l’éternité… Il y a dans l’histoire un instant éminent, le grand instant de l’incarnation, celui où temps et éternité s’unissent. Cet instant dote tous les autres instants d’une dimension d’éternité.

Cela signifie que plus une personne est enracinée dans le Christ, plus son être est concentré dans le présent… Il s’agit pour chaque personne de vivre dans l’instant : elle vit alors en même temps dans l’éternité. Celui ou celle qui prend l’instant au sérieux et vit dans le temps du Christ, vit sur la terre déjà dans l’éternité… » C’est un long apprentissage que les apôtres feront et ce temps où ils seront enseignés sera semé d’embûches. Par exemple, le manque de foi que Jésus leur reprochera et c’est très prégnant dans l’évangile de Marc, le reniement de Pierre qui refuse la souffrance du Christ. La trahison de Judas, le doute de certains disciples… Pourquoi est-ce si difficile d’entrer dans cette bonne nouvelle ?

Le combat entre Jésus et le mal dans la synagogue de Capharnaüm dit la rudesse du combat. Le cri que pousse l’homme tourmenté quand il est libéré est comme une parole informe, sans origine et sans Dieu. Jésus ne touche pas cet homme, il n’essaie pas non plus de le convaincre. Il s’adresse directement à cette partie de lui où la Parole est prisonnière dans le désert du mal, de la violence et de tous les esprits mauvais, là où pour chacun d’entre nous se livre un combat permanent. Ce que dit cet homme dans la synagogue confirme que Jésus est Seigneur. Jésus a libéré un homme tourmenté par un esprit impur.  Que veut dire « esprit impur » ? L’Eternité de Dieu qui vient faire resplendir le temps est la pureté même. L’esprit impur vient troubler cette pureté, non en Jésus qui a vaincu dans le désert l’impureté. « Si tu es le Fils de Dieu… ne te compromets pas avec l’impureté », suggère le Satan. Jésus ne refuse pas sa mission car Il est venu assainir notre humanité de toutes les forces d’impureté.

Comment comprendre ce mot sans le réduire à la sexualité ? Tout ce qui nous coupe de Dieu nous amène à l’impureté. Etre impur, c’est quitter des yeux le pur Amour qu’est Dieu. En Dieu pas de mélange, tout est limpide, clair et lumineux. Alors pourquoi est-ce si difficile d’accueillir cette pureté dans nos vies ?  Le chemin de pureté, c’est le chemin de sainteté. Nous sommes en marche. Dans notre quête spirituelle, nous rencontrons des obstacles. Les forces du mal entravent notre marche en nous amenant à poser de mauvaises réponses à des vraies questions. C’est donc important de comprendre ce qui nous amène à l’impureté, l’impureté vue comme ce qui en nous nous conduit à diviser pour mieux contrôler, à nous fermer sur nous-mêmes, à tourner autour de notre ego, à vouloir utiliser l’autre pour soi, à nous rassurer dans l’avoir et le pouvoir, ou a contrario, nous livrer à l’emprise de l’autre. C’est ça l’impureté : c’est à dire tout ce qui fait obstacle à l’amour. « Aime et fais ce que tu veux », dit Saint Augustin. Autant de personnes, autant de manière de concevoir ce qu’aimer veut dire. Aime comme le Christ nous a aimés. Voilà ce qu’aimer veut dire, voilà ce qu’est la pureté.

Nous allons accueillir l’Amour quand nous nous approcherons de l’autel pour la communion. C’est bien l’Eternité au cœur du temps que nous allons recevoir, c’est bien la pureté de Dieu qui vient à nous. Nous ne sommes pas digne dirons nous. La Parole qui se donne là dans le pain partagé est une parole guérissante, libératrice… Mais dis seulement une parole et je serai guéri…