Depuis quelques années, Marie, sous le vocable de Notre Dame d’Arabie, a été déclarée Patronne des pays du Golfe Persique et donc des deux Vicariats Apostoliques de la région. Elle est la mère et la protectrice des chrétiens expatriés mais aussi une bénédiction pour les autochtones. La statue originale, bénite par Pie XII, est située au Koweït dans une petite église qui est son sanctuaire actuel. Sa fête a été placée le samedi précédent le 2ème dimanche du Temps Ordinaire, et donc après les fêtes de Noël, mais est célébrée solennellement dans toutes les paroisses de la péninsule arabique.

La liturgie proposée pour cette fête est une liturgie joyeuse : Sophonie 3, 14-18 « Exulte de joie, fille de Sion » et Galates 4, 4-7 faisant référence à la plénitude des temps quand « Dieu envoya son Fils, né d’une femme… ». L’Evangile est celui de la Visitation, la rencontre entre deux femmes, bientôt mères, participantes du mystère du salut.

Marie, Mère du Seigneur.

Marie va trouver Elisabeth, enceinte de Jean le Baptiste. Cette rencontre est pleine de foi et d’Esprit Saint. Marie se rend-elle chez sa cousine simplement pour l’aider au terme de sa grossesse ? On loue le caractère généreux de Marie mais cette visite prend une dimension salvifique par sa révélation dans l’Esprit : voici la mère du Seigneur ! Marie porte le Fils de la promesse, Celui qui va sauver Israël, qui va nous introduire dans l’amour du Père, qui va aller jusqu’au bout de l’amour. Après l’Annonciation et avant la Naissance de Jésus à Bethléem, cette Visitation s’inscrit dans le processus de la Révélation de l’identité de l’enfant : en appelant Marie, « la mère de mon Seigneur », Elisabeth participe à l’identification de Jésus comme Fils de Dieu, comme Dieu-parmi-nous. Pouvait-elle, elle la femme du prêtre Zacharie supposée défendre l’authenticité de la foi d’Israël et de l’Alliance, profondément enracinée dans la tradition biblique, proclamer cette nouveauté sans l’inspiration de l’Esprit ? Elle donne à l’enfant à naître le titre de Seigneur, réservé à la majesté divine, au Dieu unique d’Israël. Elle ‘dépasse’ les limites de sa tradition et s’élance dans une profession de foi nouvelle, surprenante, audacieuse, prophétique. De même, l’enfant en elle, exulte de joie à la salutation de Marie. Il participe à cette profession de foi, dans la prolongation de l’Annonciation et du ‘fiat’ de Marie.

Marie, Arche d’Alliance

Dans la tradition orientale, on aime représenter Marie comme l’Arche d’Alliance ou même au milieu du Buisson Ardent du Sinaï. C’est pour expliciter sa participation pleine au mystère de salut, désignant et mettant en avant son fils Jésus. 2 Samuel 6, 11 fait allusion à l’Arche d’Alliance présente 3 mois (comme Marie chez Elisabeth) à Obed Edom. L’Arche contient les Tables de la Loi. Elle est signe de ce lien particulier entre Dieu et son Peuple. Elle accompagne le Peuple dans sa marche vers la Terre Promise puis sera installée dans le Temple de Jérusalem, lieu de rencontre par excellence. Mais voici que par Marie, le Sauveur entre dans le monde. Elle porte Celui qui se révélera le Fils du Très-Haut. Elle porte en elle la Loi de la Nouvelle Alliance, l’unique Intermédiaire entre Dieu et l’humanité, le Rédempteur qui est le Fils. Jésus le Christ est notre Loi, notre Temple, notre Sacrifice, le Chemin de rencontre du Père. Par Lui, le culte nouveau « en Esprit et vérité » est possible. Il donne l’Esprit qui nous introduit dans les relations trinitaires de communion. Ainsi, Marie devient l’Arche d’Alliance : elle ‘porte Celui qui porte tout’, elle protège puis éduquera et enfin laissera partir Celui qui l’a créée et sanctifiée. Elle soutiendra ce fils qui se révèle Fils. Elle assumera la foi d’Israël au moment crucial de la Crucifixion et se réjouira avec toute l’Eglise naissance au moment de la Résurrection et de la Pentecôte. Mère du Fils, elle est fille du Père et temple de l’Esprit. Elle porte tout le mystère trinitaire comme l’Arche portait toute la puissance du Dieu Unique.

Marie, notre Mère.

Sous le vocable de Notre-Dame d’Arabie, nous confions à Marie les millions de chrétiens du Golfe arabique et ses millions d’habitants. Nous demandons sa protection et son intercession pour vivre dans la fidélité et la joie chrétienne, témoins du salut obtenu et de l’amour vécu.

Alors que nous vivons des moments difficiles, nous sommes sûrs de sa présence maternelle.

Alors que nous vivons des restrictions, nous sommes convaincus de la liberté de l’Esprit.

Alors que nous sommes confrontés à l’adversité et à la pression religieuse, nous sommes plongés dans l’amour de la Trinité.

Marie veille sur nous, comme elle veillait sur Jésus. Elle nous protège et nous enseigne les chemins de la vie. Elle nous montre Jésus comme unique Chemin vers le Père dans la force de l’Esprit. Elle vient vers nous comme vers Elisabeth et nous porte son fils comme elle l’a porté au monde. Elle s’efface pour laisser agir Celui qui est Seigneur et Fils du Très haut. Sa présence n’en est que plus évidente.

Cette fête est une action de grâce. Elle nous relie à l’action de grâce éternelle des anges et des saints, des martyrs de ces pays-ci et de nos pays d’origine, des croyants qui se savent aimés et qui essayent, dans l’humilité et la vérité, d’être témoins du Ressuscité.

 

Notre-Dame d’Arabie

Veille sur nous, protège-nous

Sois source de grâce pour nous et les habitants de ces pays

Conduis-nous vers le Père, par le don de ton Fils, avec la puissance de l’Esprit

Que nous soyons témoins à ta suite de la vie donnée, du salut obtenu, de l’amour vécu

Que ta beauté soit notre beauté, ta grâce notre grâce, ton humilité notre humilité

Toi, la mère de notre Seigneur, Arche de l’Alliance Nouvelle, Porte du Ciel

Sanctuaire de la Très Sainte Trinité

 

Version anglaise

HOMILY FOR THE SOLEMNITY OF OUR LADY OF ARABIA

Bp Aldo BERARDI, O.SS.T.

 

“The Mother of My Lord”

(Luc 1, 39-56)

 

For some years now, Mary, under the title of Our Lady of Arabia, has been declared Patroness of the countries of the Arabian Gulf and therefore of the two Apostolic Vicariates of the region. She is the mother and protector of expatriate Christians but also a blessing for the natives. The original statue, blessed by Pius XII in the year 1948, is in Kuwait in a small church that is its current shrine. The feast day was placed on the Saturday before the 2nd Sunday in Ordinary Time, and therefore after the Christmas holidays, but is solemnly celebrated in all the parishes of the Arabian Peninsula.

The liturgy proposed for this feast is a joyful liturgy: Zephaniah 3:14-18 “Rejoice, O daughter of Zion” and Galatians 4:4-7 referring to the fullness of time when “God sent his Son, born of a woman… » (First mention of Mary in the New Testament!). The Gospel is that of the Visitation, the encounter between two women, soon to be mothers, partakers of the mystery of salvation.

Mary, Mother of the Lord.

Mary goes to find Elizabeth, pregnant with John the Baptist. This meeting is full of faith and the Holy Spirit. Does Mary go to her cousin’s house just to help her at the end of her pregnancy? Mary’s generosity is praised, but this visit takes on a saving dimension through her revelation in the Spirit: behold the mother of the Lord! Mary bears the Son of promise, the One who will save Israel, who will introduce us to the Father’s love, who will go to the end of love. After the Annunciation and before the Birth of Jesus in Bethlehem, this Visitation is part of the process of the Revelation of the child’s identity: by calling Mary “the mother of my Lord”, Elisabeth participates in the identification of Jesus as the Son of God, as God among us. Could she, the wife of the priest Zechariah, who was supposed to defend the authenticity of the faith of Israel and the Covenant, deeply rooted in biblical tradition, proclaim this newness without the inspiration of the Spirit? She gives to the unborn child the title of Lord, reserved for the divine majesty, for the one God of Israel. She ‘goes beyond’ the limits of her tradition and launches into a new, surprising, audacious, prophetic profession of faith. In the same way, the child in her exults with joy at Mary’s greeting, like Davis dancing in front of the Ark of Covenant. He participates in this profession of faith, in the prolongation of the Annunciation and the “yes” of Mary.

Marie, Ark of Covenant

In the Eastern tradition, Mary is depicted as the Ark of the Covenant or even in the middle of the Burning Bush of Sinai. It is to make explicit her full participation in the mystery of salvation, pointing out and highlighting her son Jesus. 2 Samuel 6:11 alludes to the Ark of the Covenant present for 3 months (like Mary in Elizabeth) to Obed Edom. The Ark contains the Tablets of the Law. It is a sign of this special bond between God and his people. It accompanies the People on their journey to the Promised Land and will then be installed in the Temple of Jerusalem, the encounter place par excellence. But through Mary, the Savior enters the world. She bears the One who will reveal Himself to be the Son of the Most High. She carries within her the Law of the New Covenant, the only Intermediary between God and humanity, the Redeemer who is the Son. Jesus Christ is our Law, our Temple, our Sacrifice, the Way of encounter with the Father. Through Him, the new worship “in Spirit and truth” is possible. He gives the Spirit who introduces us into Trinitarian relationships of communion. In this way, Mary becomes the Ark of the Covenant: she ‘carries the All-Bearer’, she will protect and then educate and finally let go the One who created and sanctified her. She will sustain this son who reveals himself to be the Son. She will assume the faith of Israel at the crucial moment of the Crucifixion and will rejoice with the newborn Church at the moment of the Resurrection and Pentecost. Mother of the Son, she is daughter of the Father and temple of the Spirit. She carries the whole mystery of the Trinity as the Ark carried all the power of the One God.

Mary, Our Mother.

Under the name of Our Lady of Arabia, we entrust to Mary the millions of Christians of the Arabian Gulf and its millions of inhabitants. We ask for her protection and intercession to live in fidelity and Christian joy, witnesses of salvation obtained, and love lived.

As we go through difficult times, we are sure of her motherly presence.

As we experience restrictions, we are convinced of the freedom of the Spirit.

As we face adversity and sometime religious pressure, we are immersed in the love of the Trinity.

Mary watches over us, just as she watched over Jesus. She protects us and teaches us the ways of life. She shows us Jesus as the only Way to the Father in the power of the Spirit. She comes to us as she did to Elisabeth and brings her son to us as she brought him to the world. She fades away to let Him who is Lord and Son of the Most High act. This makes her presence all the more obvious.

This feast is thanksgiving. It connects us to the eternal thanksgiving of the angels and saints, of the martyrs of these countries and of our countries of origin, of believers who know that they are loved and who try, in humility and truth, to be witnesses of the Risen One.

 

Our Lady of Arabia

Watch over us, protect us

Be a source of grace for us and the people of these countries

Lead us to the Father, through the gift of your Son, with the power of the Spirit

May we be witnesses to your footsteps of the life given, of the salvation obtained, of the love lived

Let your beauty be our beauty, your grace our grace, your humility our humility

You, the mother of our Lord, Ark of the New Covenant, Gate of Heaven

Sanctuary of the Most Holy Trinity

 

With devotion and love

+ Aldo BERARDI, O.SS.T.