Dans le prologue que nous venons d’entendre, Saint Jean nous dit : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Le Verbe était la vraie lumière, et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous.» (Jn 1)

« Dieu s’est fait homme, pour que l’homme devienne Dieu ». L’attente d’Israël est comblée par le Mystère de l’Incarnation, Dieu fait homme. C’est la foi des chrétiens, la foi des disciples du Christ : Jésus né de Marie et de l’Esprit Saint à Noël, vrai homme et vrai Dieu, qui a vécu parmi nous jusqu’au don de sa vie, nous montre que la réussite de l’homme consiste en l’amour de son prochain et de Dieu. Ce grand mystère de l’incarnation est la spécificité des chrétiens par rapport à toutes les autres religions. Reconnaître en Jésus, le Fils de Dieu, source de toute vie, de toute lumière, de qui nous recevons le grand cadeau de l’Amour universel et le don de la Vie Éternelle. Entre le Prologue de Jean qui part de très haut et la crèche de Noël, quel saut ! C’est la nécessité de faire le lien entre le Ciel et la terre. Le Verbe fait chair, en sa nature humano-divine, le réalise parfaitement.

C’est ce que nous sommes invités à contempler dans l’adoration de l’Enfant-Dieu. L’expérience spirituelle du moine Épiphane est révélatrice de cette rencontre entre le divin et l’humain et l’illustre parfaitement : « Un moine, Épiphane, devenu remarquable peintre d’icônes, voulait peindre le visage de Jésus. Mais il cherchait un modèle sans jamais pouvoir le trouver. Un soir, il s’endormit, découragé, en répétant : « Je cherche, Seigneur, ton visage. Montre ton visage ». Un ange lui apparut et lui fit revoir certains visages rencontrés pendant ses longues recherches : Regarde mieux : sur ce visage de bébé, il y a quelque chose du visage de l’Enfant de Bethléem. Sur ce visage d’adolescent, il y a le Jésus de Nazareth. Ce visage de cancéreux, c’est Jésus souffrant. Dans ce visage de jeune épousée, tu peux voir Jésus amour. Ce visage de prédicateur, c’est le Jésus du sermon sur la montagne. –  – Il faut tant de visages pour peindre Jésus ? – Aucun homme, aucune femme, ne peuvent te donner tout Jésus. En prenant ici et là quelque chose de lui, peut-être feras-tu une véritable icône ?

Mais, surtout, tu vas apprendre à le découvrir dans des rencontres qui, jusqu’ici, t’avaient paru banales. Tout ce que Jésus a été et sera transparaît dans nos joies humaines, nos détresses et nos tendresses. » Quand nous regardons l’enfant Jésus, dépendant de ses parents, fragile, vulnérable, acceptant d’entrer dans les limites du temps et de l’espace, nous voyons Dieu, nous voyons la gloire de Dieu. Cela est aussi vrai quand nous le regardons assumer la souffrance sur la Croix. De la crèche au crucifiement, Dieu nous sauve. La Parole de Dieu qui est dite en cet enfant est une parole de salut. Dieu nous sauve de la division : division avec Dieu lui-même, division avec nous-mêmes, division entre l’homme et la femme, division avec les autres, division avec le cosmos. Ce que nous fêtons dans ce temps de Noël, c’est l’unité retrouvée. Seul l’amour de Dieu peut nous réunifier intérieurement, seul l’amour de Dieu peut nous rendre à nous même, nous apprendre à aimer et à prendre soin de la création. Approchons-nous du Mystère de Noël en demandant au Seigneur de découvrir de manière nouvelle l’amour de Dieu.

Il reste encore en nous parfois la peur de Dieu, comme une méfiance à l’égard de Dieu lui-même. Aujourd’hui, Dieu vient à nous vulnérable comme un enfant. On n’a pas peur d’un enfant. Et pourtant, tout l’amour de Dieu repose sur cet enfant. Nous sommes aimés de Dieu. Il nous rejoint dans nos moindres limites, c’est un amour personnel, un amour miséricordieux, accessible. Que Noël puisse être pour beaucoup une expérience renouvelée de l’amour de Dieu. Lorsque nous avons goûté au Mystère de Noël, nous ne pouvons pas garder pour nous cette joie, cette lumière, cette paix promise à tous les hommes. Nous avons un devoir de la transmettre. Plus nous vivons en présence de Dieu dans notre vie quotidienne, plus nous vivons dans une véritable familiarité avec Jésus, plus nous enlevons de nos vies ce qui est inutile, superficiel, amère et faux,  plus nous nous laissons simplifier par la simplicité de Dieu, plus nous témoignons autour de nous de la Parole faite chair.