La liturgie en cette solennité de Noël nous invite à nous mettre en mouvement. Dans le passage de l’évangile que nous avons lu, un événement inouï s’est produit dans un monde qui déjà bougeait beaucoup. L’événement, c’est celui de l’Incarnation du Verbe éternel, en notre humanité. Comme dit le concile notre nature humaine a été élevée à une dignité sans égale. Par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme.

Ce monde qui bouge c’est celui où Jésus choisit de naître. A cause d’une décision politique, dans tout l’empire romain, un grand nombre de gens se déplacent. Marie enceinte et Joseph sont sur la route.Sur ce chemin, ils s’appuient sur une parole qu’ils ont crue, celle de l’ange. De Nazareth à Bethléem, l’enfant qui vient au monde en Marie est réalisation de la promesse, parole de vie, Verbe incarné. Des annonces à Marie et  Joseph par l’ange à la crèche, quel cheminent ! De la lumière céleste entrevue à l’Annonciation à la grotte, quel chemin de foi. Dans un extrême dénuement, sur la paille d’une mangeoire, la promesse se réalise. Où est la grande lumière qui resplendit dans les ténèbres que tout le monde attend ? et d’une façon particulière pour Marie et Joseph qui en ont eu un avant-goût dans l’annonce angélique. De Nazareth à Bethléem tout un chemin de foi, tout un passage: celui de la lumière céleste à la crèche.

Et Les bergers ? Comme Marie et Joseph, ils sont des pauvres de cœur. Pas d’orgueil en eux, pas de suffisance; juste une attente comme une légère blessure, une attente pleine d’espérance. Pour eux le ciel va s’ouvrir. Eux aussi auront un passage de foi à faire. De la liturgie céleste, ils auront à cheminer vers la crèche, déplacement qu’ils font sur l’invitation de l’ange : Aujourd’hui, vous est né un Sauveur …Il est le Messie, le Seigneur et voici le signe qui vous est donné, vous trouverez un nouveau né emmeilloté et couché dans une mangeoire. Suit alors une liturgie céleste où retentit ce cantique de louange : gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime. La suite du texte de l’évangile nous dit que les bergers se hâtèrent d’aller jusqu’à Betlhéem pour voir ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître.

Si l’on traduit littéralement :…. Pour voir la parole qui est arrivée et que le Seigneur nous a fait connaître. Voir la parole ? Comment peut-on voir la parole ? Grâce à un chemin de foi. Cette parole, ils l’ont crue pour la voir.

L’acte de foi transforme le regard. Ce qu’ils vont voir c’est bien sûr Marie, Joseph et le nouveau né couché dans une mangeoire mais ils verront bien plus. Dans ce pauvre lieu, l’Eternité a fait irruption. Les bergers sont saisis et adorent. Non qu’ils aient compris que cet enfant était le Verbe incarné. Ils ont vu le signe annonçé. De la liturgie céleste à ce signe, voilà le chemin de foi. Il y a pour eux comme une illumination spirituelle : la lumière qu’ils ont vu quand le ciel s’est ouvert, c’est cet enfant, cette parole qu’ils contemplent. En Jésus, ils ont vu la parole qu’ils ont crue : parole de vie, parole de salut, parole venue de Dieu, réalisation de la promesse.

Les bergers vont raconter ce qu’ils leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Il faudrait traduire par les bergers racontèrent la parole qu’ils leur avait été annoncée. Comment garder cela pour soi. Cette parole qu’ils ont reçu est à transmettre. La Bonne Nouvelle de Noël, c’est la lumière en notre humanité, la lumière en notre monde non pacifié mais sauvé.

Marie, cependant retenait ces événements et les méditait dans son cœur. Pour la troisième fois dans ce court texte nous retrouvons la mot parole traduit ici par événements. Marie continue son chemin de foi. De toute la force de son intelligence, de toute sa volonté, de tout son cœur, de tout son être, elle cherche à pénétrer le sens de ces événements. L’Esprit saint a pris Marie sous son ombre et elle a enfanté le Christ. Elle ne cessera de l’enfanter pour nous dans sa disponibilité à l’Esprit en elle. Et Dieu seul sait combien elle sera travaillée, déplacée, traversée par les évements du salut. Marie est mère du Christ pour nous, cette maternité n’est pas limitée à l’espace at au temps. Elle est maintenant éternelle. Marie enfante toujours  Jésus en nous, elle préserve et protège la vie divine en nous.

Nous aussi, nous avons à nous déplacer. Certes, nous l’avons fait en venant dans cette Eglise. Nous avons aussi à nous déplacer spirituellement. Ce chemin est un cheminent dans la foi.

Quel est notre foi ? Même si nous n’avons ni fait l’expérience spirituelle de Marie, de Joseph ou des bergers, nous avons bien conscience de la grandeur de Dieu, créateur de toutes choses. Le passage de l’idée d’un Dieu tout-puissant à la révélation d’un Dieu qui se fait proche, tellement proche qu’il se fait enfant n’est pas aisé. La crèche nous y aide. Dieu vient non pas nous écraser de sa lumière en nous forçant à croire mais il vient dans notre humanité nous illuminer, éclairer toutes les obscurités de notre humanité. Notre vie, le fond de notre être  est habitée par cette lumière de Noël. Dieu en Jésus se fait homme. Son rayonnement est enfoui dans l’humanité de Jésus, enfoui dans la crèche, enfoui dans l’Eucharistie. Là aussi nous avons à faire un passage. Dans cette liturgie, la grandeur de Dieu que les bergers ont entre-aperçu dans leur expérience spirituelle est enfouie dans l’Eucharistie. Le père Cantalamessa dans sa prédication de Noël pour la pape et les cardinaux développe cela :

L’année de l’Eucharistie nous aide à saisir l’aspect le plus profond de Noël. La mémoire véritable et vivante n’est pas la crèche mais précisément l’Eucharistie.

Cette année, nous avons une crèche très réaliste, placée dans le chœur près de l’autel. Notre déplacement spirituel va de la crèche à l’autel. C’est tout le mouvement eucharistique qui nous le suggère.

Nous avons également à faire un autre déplacement, celui de l’Eucharistie à nos frères, tous nos frères qui sont depuis le Christ habités par la lumière de Dieu. Dieu habite désormais le souffle de tout homme. L’Eucharistie change notre regard.

Le Seigneur m’a réveillé dans ma  ma foi et il l’a fait dans l’Eucharistie, il y a maintenat 21 ans. Il l’a fait dans un monastère au moment de l’Eucharistie. Au moment où le célébrant a montré l’hostie consacrée en disant :  « Heureux les invités au repas du Seigneur… »,  une porte s’est ouverte. Je n’ai pas les mots. Faute de mieux, je dis que Dieu m’a entrouvert la porte de la Transcendance. Curieusement, j’ai fait l’expérience de la force de Dieu dans l’Eucharistie. Dieu est amour, bien sûr mais ce n’est pas cette expérience que j’ai d’abord faite. J’ai compris que Dieu dans l’Eucharistie était force, j’ai ressenti au cœur même de l’hostie la Transcendance de Dieu  La même force, celle que l’on peut ressentir à travers la création, la même force existe dans l’Eucharistie. Tout était loin d’être clair mais je suis parti sans en parler aux moines. Je suis parti avec cette porte ouverte en moi. Dieu commençait à réveiller ma foi.

Ma vie est marquée par cette expérience spirituelle forte. Dans toutes mes hésitations, mes maladresses, j’ai cette force en moi. Elle ne vient pas de moi. Elle m’est donné au cœur de ma pauvreté. Je me sens très proche de ceux qui se sentent captifs et en attente d’une porte qui s’ouvre. C’est cela Noël. Ce midi, j’ai partagé un temps avec les mineurs étrangers en lien avec l’association Aux Captifs, la libération. Sur un des dessins, Patrick avait marqué aujourd’hui, essayons de pardonner et d’aimer.

A proprement parler, Jésus ne naît pas tous les ans dans la crèche. C’est une évidence ! Il renaît en nous, en cette crèche vivante qu’est notre cœur aimant.