Le succès de Jean-Baptiste est immense. On comprend mieux la mission de cette délégation officielle des prêtres et lévites envoyés par les pharisiens. C’est une visite quasi canonique. Les autorités religieuses cherchent à voir clair et ils chargent donc cette délégation d’enquêter et de faire un rapport.

Contre toute attente, alors que la tension messianique est à son comble, Jean Baptiste annonce quelqu’un d’autre, immensément plus digne que lui. « Je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales ». Celui qui doit venir, ne serait-ce pas le Messie ? Messie en Hébreux, Christ en grec veut dire oint, littéralement frotté d’huile, autrement dit consacré. Les rois, certains prophètes étaient consacrés par l’onction. Ce n’est pas d’huile qu’est oint Celui qui est annoncé par Jean Baptiste mais de l’Esprit Saint. Jésus est oint de toute éternité de l’amour du Père. C’est Lui, dans l’Alliance du Ciel et de la terre qui réalise pour nous la rencontre plénière de l’Éternité et du temps. C’est cette immense dignité que contemple Jean le Baptiste.

Jean-Baptiste désignera Jésus comme la source de toute lumière quand le Ciel s’ouvrira et lui confirmera que Jésus est la lumière, née de la lumière. Nous savons, nous, que c’est Dieu en Jésus-Christ qui vient nous visiter. Il vient nous rencontrer. Jean-Baptiste a désigné Jésus comme le Messie mais aussi comme l’agneau.  L’agneau nous arrache à tout ce qui nous entrave, nous paralyse, nous ferme, nous durcit. Notre Pâque c’est le Christ, Il est l’Agneau immolé pour notre libération. Il nous a donné sa chair comme nourriture, le Pain très pur, l’azyme sincère.

La bible sans cesse nous dit que Dieu n’est pas indifférent à la souffrance et qu’il ne cesse d’agir. Il ne cesse de venir en notre monde, en nos vies, en nous. Il vient ! Nous savons, nous, que c’est Dieu en Jésus-Christ qui vient nous visiter. Il ne cesse de venir en nous, parmi nous. Il vient nous rencontrer. Dieu en Jésus-Christ nous sauve radicalement. Le Seigneur nous dit, c’est tout le poids de votre humanité que je saisis dans l’amour inconditionnel que j’ai pour vous. Je viens vous sauver et c’est dans toutes les dimensions de votre être que je viens vous dire l’inouï, l’inattendu de mon amour. Appelons-le, accueillons-le dans tout ce que nous avons de bien : nos joies, notre vitalité, nos dons, tout ce dont nous sommes fiers, l’amitié, l’amour réussi. Alors nous pourrons entendre : « Oui je vous aime et jusqu’à vous visiter dans ce qui vous trouble, vous désespère, vous anéantit, je vous aime jusqu’en vos forces de mort, jusqu’en votre mort. N’ayez pas peur de vous laisser aimer jusque-là. Viens Seigneur Jésus, viens prendre la déchirure du mal qui agite notre monde, de notre propre mal, ne nous y laisse pas mais transfuse en nous ta vie. »

Il va venir ! Il viendra. Il va intervenir une fois pour toute pour établir le Règne de Dieu, temps de justice et d’amour véritables. C’est là l’espérance d’une nouvelle terre et de nouveaux cieux. Voilà l’espérance d’Israël. Ce temps de l’Avent, nous invite à nous ressaisir dans cette espérance. Il viendra récapituler toutes choses à la fin des temps! Nous attendons sa venue dans la gloire. En ce temps de l’Avent, ce que nous avons à contacter dans notre vie intérieure et à laisser jaillir, c’est ce que les théologiens appellent la tension eschatologique. Il s’agit de voir au-delà de l’injustice et la souffrance du monde sa finalité, à savoir la justice et l’amour en Dieu et ce à la fin des temps.

Il est venu! c’est ce que nous fêterons à Noël. Il y a plus de 2000 ans, le Verbe s’est fait chair. Il est venu, il s’est fait si proche que l’on peut le contempler dans le nouveau-né de la crèche. Jésus annonce à Nicodème (Jean 3. 5) son baptême, en fait sa Passion (Luc 12.50). «  Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Christ a été plongé dans les eaux de la mort pour renaître dans le mouvement de sa Résurrection. C’est dans ce baptême que nous-mêmes avons été plongés. Nous avons été plongé dans la mort et la Résurrection du Christ.

A la lumière de cette réflexion, nous pouvons relire Sophonie. “ Le Seigneur ton Dieu est en toi. C’est lui le héros qui apporte le salut. Il te renouvellera par son amour.”

Le temps de l’Avent est celui de l’annonce joyeuse de cette venue qui nous libère : “Il dansera pour toi avec des cris de joie” (Sophonie 2. 18). “